« L’amant » de Marguerite Duras

contemporain, Littérature française

Basé sur son enfance à Saïgon et des environs dans les années 1930, L’amant de Marguerite Duras est un roman autobiographique qui rejette la prose conventionnelle et le récit linéaire. Ses analogies et ses thèmes sont cohérents et poignants. En fait, le roman entier se lit comme un long poème en prose. Le texte est rêveur et parfois déroutant. La narratrice saute du point de vue de la première à la troisième personne tout du long, car la protagoniste fait face à divers degrés de traumatisme. Mais tous ces aspects sont aussi ce qui rend le roman si convaincant. C’est un récit langoureux, presque méditatif à la fois érotique, inquiétant, beau, choquant et révélateur.

« L’une des choses que fait l’écriture, c’est d’effacer les choses» 

Je rappelle que son roman a remporté le prix Goncourt en France en 1984, L’amant est donc le portrait d’une narratrice qui visite une succession de ses jeunes moi. Les souvenirs sont ses coups de pinceau et la nostalgie de la couleur dans laquelle elle peint son histoire pictural. Les souvenirs obsessionnels de ses jours d’élève du secondaire à Saigon sont au centre du roman; l’amant chinois, dont le père l’empêche d’épouser la narratrice, une histoire d’amour condamnée par l’histoire avant même qu’elle ne commence.

La mère de la narratrice, dont le favoritisme pour son fils aîné et l’alternance des encouragements sapent la famille; le frère aîné, qui terrorise son jeune frère. Sans oublier la sœur cadette qui ne terminera jamais les cours que sa mère lui organise; et le frère cadet, dont la mort plonge la narratrice dans un profond désarroi.

Dans ce livre, Duras utilise le temps comme moyen de soulager les moments dramatiques et de libérer un peu la tension constante dans l’histoire de sa jeunesse. Duras ne se plaint jamais de sa situation, elle veut simplement dire: « C’est arrivé. Cela m’a endommagée. J’ai continué à vivre de toute façon. » Et pourtant, il est impossible de ne pas comprendre sa solitude, son ressentiment, ses sentiments d’abandon et son besoin de se sentir aimer et valoriser. 


 » Toute communauté, qu’elle soit familiale ou autre, nous est haïssable, dégradante. Nous sommes ensemble dans une honte de principe d’avoir à vivre la vie. C’est là que nous sommes au plus profond de notre histoire commune, celle d’être tous les trois des enfants de cette personne de bonne foi, notre mère, que la société a assassinée. Nous sommes du côté de cette société qui a réduit ma mère au désespoir. A cause de ce qu’on a fait à notre mère si aimable, si confiante, nous haïssons la vie, nous nous haïssons. » (P.69)


Un livre autobiographique si piquant, magnifiquement écrit avec une réflexion complexe sur les relations mères-filles, la responsabilité des adultes, la maladie mentale et sur le sentiment profond d’abandon. Sur ce qui est gaspillé dans la vie (ou sur les vies gâchées), sur l’absence d’amour, sur le besoin de trouver cet amour dans n’importe quoi, dans n’importe qui. 

Bien au-delà d’un roman érotique! – l’érotisme n’est ici qu’un fragment de la vie de cette jeune fille, tout aussi réel que sa honte, sa tristesse, sa solitude, et sa force. 

Un livre à lire absolument!


« L’amant » de Marguerite Duras – Les Éditions de minuit.

« Le général du roi » de Daphné Du Maurier.

classique, Littérature étrangère

Chaque fois que je lis un livre de Daphné Du Maurier, j’ai l’envie frénétique d’acheter tous les ses livres actuellement disponible en librairie. J’avais d’ailleurs lu quelque part un commentaire sur l’autrice, quelqu’un disait que « quand il se mettait à lire un roman de Daphné du Maurier, Il ne pouvait s’arrêter de lire jusqu’à qu’il ne tombe de sommeil ». Je partage également ce sentiment.

Ses livres se divisent généralement en deux catégories: le suspense (comme « Rebecca » ou en fiction historique comme « le général du roi » ou quelque chose entre les deux. Dans les œuvres de du Maurier, il y a aussi un côté assez vintage que j’affectionne où le sentiment d’incertitude se ressent dans tous ses romans.


Honor Harris, 18 ans, a hâte de passer le reste de sa vie avec l’homme qu’elle aime, mais lorsqu’une tragédie survient à la veille de son mariage, le mariage n’a alors jamais lieu. Quinze ans plus tard, alors que l’Angleterre est divisée par une guerre civile qui oppose les royalistes et les parlementaires, Honor est envoyée à Menabilly où elle rencontre son amour perdu, Richard Grenvile.

Malgré ses efforts pour rester à l’écart de Richard, Honor se retrouve une fois de plus attirée par lui, mais la guerre complique les choses car la position de Richard en tant que général du roi lui a fait de nombreux ennemis. Pleinement consciente de sa position d’infirme, Honor choisit de l’aimer de toute façon et leur relation menace de devenir scandaleuse.

La relation entre Honor et Richard n’est pas ce à quoi vous pourriez vous attendre. C’est tendre et passionné, mais à aucun moment du roman ils ne consomment leur amour ni le vivent au grand jour. Au lieu de cela, tout est plus ou moins enfoui, et aucun d’eux ne veut évoquer les souvenirs douloureux du passé.


Les sequences historiques du roman sont très bien documentées, bien qu’il y ait eu des moment où je trouvais que l’intrigue tournait trop souvent autour des conflits entre royalistes et rebelles. Cela dit, a aucun moment l’autrice prend un parti pris vis-à-vis de l’un des deux camps.

D’ailleurs, j’ai vite compris que beaucoup des personnages cités dans ce livre sont inspirés de faits réels et pour le coup, j’ai eu une véritable leçon d’histoire, et dans ce cas précis, une leçon sur la guerre civile anglaise qui a sévi au XVIIe siècle.

Avec « le général du roi » nous sommes donc plongés dans la guerre civile anglaise qui met en lumière la guerre, la perte, l’amour, les désillusions et les scènes d’un point de vue cornique(origine de cornouilles).

Bien différente des autres que j’ai lues, cette perspective apporte une vision claire du décor et des horreurs de la guerre, ainsi que du chagrin et de la terreur des citoyens. 

On ne peut imaginer à quel point les temps étaient difficile à cette époque. À chaque instant, je me suis imaginée être une héroïne de cette histoire vivant avec eux les nombreux obstacles, les décisions difficiles, les émotions difficiles. Lorsque vous ajoutez à cela les combats politiques, les guerres, votre vie devient presque insupportable, quand bien même ils doivent vivre, doivent se battre, ils le font avec brio . Mes respects.

Un style impeccable, fluide et sophistiqué ! Encore un sans fautes pour daphné Du Maurier.


Merci aux éditions « Le livre de poche » pour cet envoi . De Daphné Du Maurier.

« Chez soi » de Mona Chollet.

Sciences humaines, sociologie

« J’appartiens donc à cette espèce discrète, un rien honteuse : les casaniers, habitués à susciter autour d’eux la perplexité, voire la pitié ou l’agressivité, et qui avec le temps, apprennent à s’accommoder stoïquement des sarcasmes de leurs proches. »


Pour certaines personnes, il peut être difficile d’être casanier.e. En plus de ne pas vous sentir à l’aise lorsque vous sortez, vous devez aussi résister à la pression de vos amis qui vous invitent à sortir en permanence. Ainsi, les personnes casanières se sentent souvent honteuses ou ont l’impression qu’elles ont un problème.

Dans cet essai, Mona Chollet a décidé de revaloriser l’espace domestique, c’est en quelques sorte « une ode à l’entre-soi ou au quant-à soi ». Une lecture qui décomplexe sur le fait d’être casanier.e et de s’en satisfaire.

Aimer rester chez soi c’est s’affranchir du regard des autres, cependant cette façon de s’esquiver du contrôle social suscite chez beaucoup de gens même «ouvert d’esprit » une inquiétude obscure qui s’accompagne de réflexions malvenues.

Elle prend l’exemple du lecteur a qui l’on rétorque « arrête de lire! Sors et vis! » Un certains mépris qui nous a valu d’être catégorisé comme « des rats de bibliothèque ». Un fond irréductible d’intolérance et d’anti-intellectualisme .

Notre intérieur est notre refuge. Il contient tous nos biens et nos souvenirs. C’est un espace personnalisé dans lequel on se repose, on se nourrit et on s’aime. Qu’il soit petit ou grand, notre intérieur est à notre image. Pour toutes ces raisons, notre logement est notre point de repère dans notre quotidien et dans nos vies, et certaines personnes ont besoin de cette stabilité au quotidien.

Et dans la vision où nous sommes enfermés, Notre maison doit nous protéger, nous dissimuler, nous assurer du bien-être et nous offrir un minimum de surface sociale qui permet une forme d’expression, cependant ce n’est pas le cas pour grand nombre de Français qui compte 200 000 de sans-abri (2019).

En France, on considère le temps comme une chose inerte, et préjudiciable, il faut qu’il soit rempli, occupé ou utilisé. Et c’est totalement l’incompréhension à laquelle se heurte les casanier.e.s. Nous vivons donc dans une société qui favorise la mentalité utilitariste dont le temps doit être rentabilisé, cela donne naissance à une sorte d’obsession de l’utilité systématique. L’obsession de la rentabilité, le repli sur soi, l’amertume, dominent majoritairement les relations sociales.

En fait, ce qui pourrait permettre de mieux vivre et donc de se libérer de ces injonctions extérieures ce heurte aux intérêts de ce qui tirent profit du système actuel.

Elle aborde aussi le fait que Les femmes subissent une stigmatisation particulière. Selon laquelle une femme seule est « incomplète et inachevée », de plus dans notre société patriarcale, les taches ménagères sont souvent associées aux femmes au foyer, une sorte de « culture du ménage » qui est transmise de mère en fille… Connaissant les écrits de Mona Chollet, il était évident qu’elle étudie l’espace domestique sous son angle féministe.

Dans ce livre on retrouve une exploration de toutes les dimensions de notre relation à notre habitat, selon le plan que voici :

La mauvaise réputation : « Sors donc un peu de cette chambre ! »

Une foule dans mon salon : de l’inanité des portes à l’ère d’internet

La grande expulsion : pour habiter, il faut de l’espace

A la recherche des heures célestes : pour habiter, il faut du temps

Métamorphoses de la boniche : la patate chaude du ménage

L’hypnose du bonheur familial : habiter, mais avec qui ?

Des palais plein la tête : imaginer la maison idéale

Encore un essai extrêmement bien documenté et sourcé qui étudie avec justesse des sujets engagés et universels. Mona Chollet, une valeur sure.


« Chez soi » de Mona Chollet – éditions Zones.