« Le Prince » de Nicolas Machiavel.

classique, Littérature étrangère

Vous devez tuer le renard, brûler la rose, assassiner l’homme d’affaires au cas où l’un d’eux essaie de prendre le contrôle de votre principauté. Il n’y a pas de temps pour être gentil! À la fin de la journée, sachez qu’il vaut mieux être craint qu’aimé si vous ne pouvez pas être les deux. Néanmoins, gardez à l’esprit le chapitre 23.

L’Italie des années 1500 était une terre triste et découragée de guerres constantes, de morts, de destructions, de trahisons politiques, d’aristocrates avides essayant d’agrandir leurs petits États italiens mais aussi d’invasion par des troupes étrangères venant de France, d’Espagne, et de Suisses, des dirigeants renversés et tués, des armées qui marchent continuellement, des villes pillées, des incendies flamboyants, des mercenaires massacrant des innocents, la peste se propageant, seuls les sages, les forts et les chanceux peuvent demeurer …, à la Renaissance Niccolò Machiavelli était un homme politique prospère et un diplomate astucieux de la Florence volatile, jusqu’à ce qu’il y perde du pouvoir et de l’influence dans un pays qu’il aimait tant. 500 ans après la publication de ce petit livre brillant mais controversé, des aspects de son contenu seront reconnus par le public moderne, un nouvel adjectif vient le jour, celui de: machiavélique … « pour tromper les gens par des méthodes insidieuses et manipulatrices. » Et sachant à quel point les hommes sont perfides, ses écrits deviennent célèbre, Le Prince se base sur l’histoire vraie du rusé César Borgia, le fils illégitime du pape Alexandre VI mais pas que…

« Les hommes sont des créatures misérables »… « Il vaut mieux être craint qu’aimé »… « N’essayez jamais de gagner par la force ce qui peut être gagné par la tromperie »… a déclaré Machiavel.

Il connaissait le cœur des princes mieux que personne. Après avoir vu César Borgia et discuté longuement avec lui, il est devenu un de ses admirateurs (bien conscient de tout son mal, de l’homme sanglant qu’il était, cela pouvait être pardonné en ces temps) … il pensait que cet homme pouvait apporter la paix dans son pays natal notamment par la conquête … chasser la faute, les soldats étrangers, unir à nouveau l’Italie …

Le Prince, encore largement lu est un livre assez important sur les voies du monde, raconté par un homme qui a été impliqué pendant cette époque turbulente … cet écrivain voulait donner au lecteur italien l’espoir d’un avenir meilleur et plus prospère …

C’est un traité majeur qui a influencé plusieurs dirigeants politiques à travers l’histoire. Machiavel est encore largement considéré comme le père de la politique moderne à condition d’enlever toute trace de théologie et de moralité à ses œuvres.

Donc, il y a beaucoup de concepts qui devraient rester dans le livre et quelques-uns que vous pouvez appliquer aux circonstances quotidiennes. Il fournit ce que vous attendez, si vous voulez savoir comment avoir et garder le pouvoir pour vous, peu importe la personne que vous écrasez, et tout cela en utilisant un langage assez simple. C’est un petit livre facile à comprendre, la notion d’atteindre la gloire, le pouvoir et la survie, peu importe à quel point vous devez être immoral … ce n’est pas difficile à comprendre.

Cruauté, méchanceté, immoralité; toutes ces choses apparemment nécessaires pour atteindre la grandeur, toutes imprimées il y a longtemps sous la forme d’un petit livre, juste comme ça … D’un point de vue tordu, parfois, c’est presque un peu drôle.

En bref, c’était une excellente re lecture

« Le prince » de Machiavel – Éditions Gallimard, collection Folio classique

« Les frères Karamazov » de Fiodor Dostoievski

classique, Littérature étrangère


« Si le juge était juste, peut-être le criminel ne serait pas coupable. »

La description par Dostoïevski des tragiques frères Karamazov et du meurtre de leur père suscite des questions sur la souveraineté de Dieu, la place de la souffrance dans notre monde, la dépravation humaine et la rédemption par la douleur.(ce sont d’ailleurs les thèmes principaux de l’auteur qui se retrouve dans à peu près tous ses livres.)

J’avais décidé de lire ce livre en 2015 après avoir lu « crime et châtiment » qui a été pour moi une révélation, j’ai développé par la suite un grand intérêt pour la littérature post-révolutionnaire Russe (mais ça tout le monde le sait). Je dirais pour commencer, qu’il y a des sections de ce livre où les questions théologiques sont si profondes et si bien traitées que le lecteur sent qu’il doit les lire plusieurs fois pour en ressentir pleinement leur force.

« Je deviens l’ennemi des hommes dès que je suis en contact avec eux. En revanche, invariablement, plus je déteste les gens en particulier, plus je brûle d’amour pour l’humanité en général. »

Qui, après avoir lu ce livre, peut oublier Fiodor Karamazov, l’irresponsable père ? Ou Ivan, le fils rationaliste froid qui a abandonné sa croyance en Dieu? Ou Dmitri, le fils bien intentionné, prisonnier de ses propres désirs ? Et bien sûr, Aliocha, le bon fils qui a confiance en Dieu mais qui est impuissant à arrêter le meurtre de son père? Et ce ne sont que les Karamazov. Les descriptions de Dostoïevski de Katerina, Grushenka, Père Zosima et Smerdyakov: le serviteur de Fyodor et qui serait son enfant illégitime.

Le meurtre de Fyodor, et le procès subséquent de son fils aîné Dmitri (« Mitya »), est l’intrigue principale, mais le meurtre ne se produit en fait qu’à mi-chemin, et le procès, à l’apogée, n’est pas vraiment un mystère , parce que Dostoïevski nous a déjà dit qui était le meurtrier et a télégraphié quel serait le résultat du procès. Donc, appeler les frères Karamazov un « mystère du meurtre » n’est pas vraiment exact. Le meurtre est la partie la moins intéressante du livre – Dostoïevski passe la première moitié à construire tous les personnages, à établir leurs relations et à rendre le meurtre presque inévitable.


« Là encore, tu te faisais une trop haute idée des hommes, car ce sont des esclaves, bien qu’ils aient été créés rebelles.
»

Les frères Karamazov ne sont pas pour les faibles de cœur. Il est parfois difficile à lire. À d’autres moments, son histoire est captivante. Et, comme toujours dans les œuvres de Dostoïevski, la profondeur de la pensée derrière le questionnement philosophique est ce qui distingue le livre. Si vous avez le temps de lire et que vous aimez la littérature classique, achetez le et lisez tout. « Le joueur » peut aussi être une bonne entrée pour commencer Dostoievski.

« Les frères Karamazov » de Fiodor Dostoievski – Éditions (le classique de poche) Le livre de poche .

« Je ne t’oublie pas » de Sébastien Didier

Littérature française, Thriller

Je ne t’oublie pas…

Il y a longtemps qu’un thriller ne m’avait pas autant captivée, il m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page. Dès les premières lignes de ce roman, on est totalement immergé dans l’intrigue et il est impossible d’en décrocher « même pas pour aller manger un bout. » L’histoire est brillamment ficelée et rédigée. L’auteur développe un style très accrocheur et donne un vrai rythme au récit , notamment en alternant brillamment les flashbacks avec le présent.

« Connaît on vraiment les personnes qui nous entourent ? »  Cette même question subsistera tout au long du récit et quand Marc Vasseur, jeune et brillant chef d’entreprise spécialisé dans la gestion de protocoles , par ailleurs socialement aisé et heureux en ménage, doit faire face à la disparition brutale et inexpliquée de son épouse, c’est tout un monde de certitudes qui s’effondre.


« Contourner, biaiser, se cacher, piéger. Porter le masque. Il ne comptait plus ces moments de solitude dans lesquels il s’enfonçait dans une profondeur si abyssale des tourments de son âme qu’il pensait bien ne plus jamais pouvoir remonter à la surface. »


Un SMS de rupture douteux, une photographie à l’expéditeur mystérieux, trois mois passés à échafauder toutes sortes d’hypothèses, le doute qui s’installe insidieusement quant au passé de Sandra, et l’univers hyper cadré de Marc va basculer dans un cauchemar sans nom.

Animé par la soif de vérité, désemparé par le désarroi grandissant de sa fille Lisa , mais épaulé par son père et par un enquêteur privé aux motivations incertaines, Marc devra remonter le fil du temps, et Au fur et à mesure les pièces du puzzle commencerons par s’assembler pour reconstituer la réalité des faits, un réel plongeon aux origines inconnues qui vont mettre en danger son intégrité physique comme celle de ses proches.

Ce roman est un véritable page-turner, je ne t’oublie pas est une histoire tellement terrifiante et malsaine que l’on se dit que ce n’est pas possible. Des scènes parfois oppressantes, mais nécessaires à l’intrigue. Un livre qui laisse des traces, et auquel on repense bien après sa lecture. 600 pages qui se dévorent en deux jours, ça va tellement vite, on s’en prend plein la tête et on en redemande en enchaînant les pages. « Juste au cas où vous hésitez encore. »


« Je ne t’oublie pas » de Sébastien Didier – Éditions Hugo Poche.

« Hier, aujourd’hui et demain » de Sophia Loren

Autobiographie

« Le succès à son poids, qu’il faut s’habituer à porter. Et personne ne vous l’apprend : comme toujours, la réponse est en nous. »


Sophia Loren incarne bien plus que le « rêve américain », elle est pour nous, celle qui a propulsé le cinéma italien au devant de la scène internationale . Comment oublier 1962, la consécration, l’Oscar de la meilleure actrice pour le rôle de Cesira dans Ciociara.

Le titre de son livre est un hommage au film de Vittorio De Sica, dans lequel Sophia Loren a joué aux côtés de Marcello Mastroianni, et le sous-titre « Ma vie » est simplement la volonté de l’actrice de se livrer sans fards.

Ce livre est un énorme présent pour sa famille mais également pour tous les admirateurs de l’actrice, qui ont toujours suivi sa carrière avec ferveur et passion, qui a commencé à Rome, où Loren est née sous le véritable nom de Sofia Scicolone. En fait, la mère de Sofi’ a accouché dans une clinique pour mères célibataires de la capitale et quelques jours plus tard, elle est revenue avec sa fille à Pozzuoli, dans le très aimé Naples. Et c’est précisément dans les rues déchirées par la guerre, dans les ruelles et les quartiers dégradés, démolis par la faim et le désespoir que la jeune Sophia commence à faire ses premiers pas, aidée par une mère qui a son propre rêve: le cinéma. Son histoire sincère et profonde nous fait connaître non seulement le Naples de l’époque, mais aussi la Cinecittà; puis les grands acteurs avec lesquels Sophia Loren a joué – Cary Grant, qui est tombé amoureux d’elle, Marlon Brando, John Wayne et bien d’autres …


« En vérité, mon enfance remontait sans cesse à la surface pour m’émouvoir. Même après avoir trouvé ma voie, je ne parvenais pas à oublier ce que j’avais été lorsque, prise entre la faim et la guerre, sans père pour me guider.»


Une autobiographie qui raconte non seulement des épisodes et des succès de la carrière de l’actrice, mais aussi des moments les plus intimes, ceux appartenant au cercle familiale, où elle a joué le rôle de mère et de grand-mère, elle qui a pu grandir et s’accomplir en tant que femme sans la présence d’un père. Loren est une icône du cinéma et de la vie elle-même; une femme qui à partir de rien et avec le seul soutien de sa mère, avec qui elle avait une relation fusionnel est devenue une des plus grandes actrices du monde. Ses amours, ses aventures, ses déceptions et surtout la volonté de ne jamais abandonner sont les points cruciaux de ce livre, qui implique le lecteur et nous ramène dans le temps, vers un passé où beaucoup d’entre nous n’étaient même pas nés. Pourtant, il est inévitable de ressentir cet étrange sentiment de nostalgie, en aspirant à quelque chose que vous n’avez pas et que vous n’avez jamais eu.


« Sans la vie, le conte de fées perd toute sa magie, et vice versa. Le plus beau, c’est de marcher à mi-chemin entre les deux, sans jamais renoncer ni à l’un ni à l’autre. »


Sophia Loren est une diva du passé, mais sa grandeur, son intensité et sa beauté frappent et attirent encore aujourd’hui, car elle-même est un symbole, un signe dont le véritable art peut s’imposer dans le cœur des gens sans jamais le quitter. Hier, aujourd’hui, demain est l’histoire d’une femme qui a marqué notre histoire, qui nous guide sans peur avec un voile de timidité sur son visage dans son petit et grand monde, fait d’art, de cinéma, de famille et d’amour. Le regard de Loren, comme tout ce qu’elle nous a laissé, est éternel.


« Et comme l’a dit George Cukor, aucune beauté ne peut rivaliser avec la conscience et l’acceptation de ce qu’on est vraiment. »


« Hier, aujourd’hui et demain » de Sophia Loren – Editions Flammarion – Traduction Renaud Temperini

« Anna Karénine » de Léon Tolstoï

classique, Littérature étrangère

L’amour peut-il être heureux ? Peut-on véritablement aimer sans avoir réellement vécu ?! Tant de questionnements que pose cette œuvre, entre pulsions, passion, renoncement et résignation, voilà ce que le maître pose sur la table. Il maîtrise son sujet sur le bout des doigts, par la force de ses personnages et par la puissance de son récit, il fait de ce livre une œuvre profondément humaine.

Qui aurait cru que j’éprouverais de la sympathie pour Anna Karénine. Elle est le genre de personnage qui dans la vie réelle ne me ferait pas grand impression et pourtant, je n’ai eu d’yeux que pour elle dans ce roman. La belle Karénine, envoûtante, attachante, rayonnante, c’est une des femmes qui m’a le plus touché en littérature.

Avec ce manifeste, Tolstoï propulse la littérature russe au premier plan. Mais « Anna Karénine » est bien plus qu’un roman d’amour et de passion : c’est aussi un portrait de la haute société russe à la fin du XIXe siècle, avec les questions fondamentales qui l’agitent, et les prémices du grand bouleversement à venir.

Dans ce roman, plusieurs histoires d’amour s’entrecroisent : celle d’Anna la mondaine et de Lévine le propriétaire terrien, on peut d’ailleurs s’interroger sur la ressemblance de caractère et des convictions de ce personnage tant on y trouve des similitudes avec l’auteur lui-même. Constantin Lévine est sans nulle doute l’alter égo de Tolstoï. Et Comme le titre l’indique on suit l’histoire d’Anna, la femme d’un haut dignitaire russe, elle est belle, forte, intelligente et passionnée, jusqu’au jour où elle rencontre la passion, ses complications et ses compromissions, c’est alors qu’Anna tombe follement amoureuse d’un bel officier, le comte Wronski. On vit alors leur relation tumultueuse, les querelles et les réconciliations des deux amants, les réactions indignées de la bonne société, qui tolère très bien les aventures à condition qu’elles soient discrètes ; cependant, cette relation va peu à peu sombrer dans une passion dévorante, un bonheur coupable, cette quête de l’amour pur, les mèneront à une fin tragique qui s’achèvera sur un quai de gare là où tout commença. C’est l’amour impossible, l’amour qui souffre, l’amour coupable et qui fait mal.


« L’amour, ce mot me déplaît parce qu’il y a pour moi un sens plus profond et beaucoup plus grave que vous ne pouvez l’imaginer. »


Dans l’entourage d’Anna et de Wronski, on fait la connaissance de Lévine, un homme assailli d’angoisses sur les questionnements philosophiques, avec ses réflexions poussées sur le sens de la vie et des contraintes sociales ainsi que la religion, l’amour et le devoir.


« L’enseignement de la raison, c’est la lutte pour l’existence, cette loi qui exige que tout obstacle à l’accomplissement de nos désirs soit écrasé; la déduction est logique, tendit qu’il n’y a rien de raisonnable à aimer son prochain. »


Sentimentalement, l’amour que porte Lévine à Kitty m’a particulièrement touché, c’est un couple pour qui j’ai ressenti un réel attendrissement. Il y a aussi Dolly, la sœur de Kitty, mariée à Stépane Arcadiévitch qui est le frère d’Anna, mari volage et insensible, qui n’a plus beaucoup d’intérêt pour son ennuyeuse épouse.

Dans cet incroyable roman, Léon Tolstoï nous raconte toutes les facettes de la relation amoureuse entre un homme et une femme, à travers toutes ces histoires, dans un genre si passionnant que l’on a l’impression de les connaître intimement et de faire partie intégrante de cette société.

Malgré l’ancienneté de ce roman « Anna Karénine » reste un formidable contemporain, profondément romantique et terriblement actuel. La lecture en est facile, rythmée par des chapitres courts, les sentiments, les tourments, les espoirs des personnages sont aussi les nôtres, et après 984 pages on cherche encore désespérément à continuer la lecture.

Lire Tolstoï, c’est lire une page de l’histoire. En fin psychologue, l’auteur a le talent de décrire avec brio une Russie de contrastes et le luxe de la vie bourgeoise. Je ne peux que vous recommandez ce livre, un must read !


« Anna Karénine » de Léon Tolstoï Éditions Pocket

« Gomorra » de Roberto Saviano

Littérature étrangère, socio-économique

« Connaître n’est donc pas un engagement moral : savoir, comprendre, est une nécessité. La seule chose qui permet de sentir qu’on est encore un homme digne de respirer. »

Paru pour la première fois en 2006, Gomorra est un livre surprenant écrit par un journaliste et écrivain italien. Roberto Saviano a consacré sa vie à enquêter sur les organisations criminelles et les passerelles du pouvoir, ce qui l’oblige aujourd’hui à vivre sous protection judiciaire.

Je peux vous assurer qu’après cette lecture, la mozzarella n’a plus tout à fait la même saveur comme un arrière-goût de sang au fond de la gorge.

C’est avec un aplomb déconcertant et un certain courage que Roberto a décidé de briser L’omerta, personne avant lui n’avait osé s’attaquer à la mafia napolitaine qu’on appelle « la Camorra ». C’est dans un style cru mais tellement bien écrit qu’il nous embarque dans les rouages de l’invisible pieuvre.

Loin des pleplums californiens et du mythe romantique qu’on prête au « mafioso » de Scorsese. Les « padrini » de Saviano, eux, sont biens réels, ils sont impitoyables, en véritables business men, ils combinent le marketing capitalisme aux méthodes du gangstérisme. Les règles sont dictées et imposées par les affaires, par l’obligation de faire du profit et de vaincre la concurrence. Le reste ne compte pas. Le reste n’existe pas. Le pouvoir absolu de vie ou de mort, lancer un produit, conquérir des parts de marché, investir dans des secteurs de pointe : tout a un prix, finir en prison ou mourir. Détenir le pouvoir, dix ans, un an, une heure, peu importe la durée : mais vivre, commander pour de bon, voilà ce qui compte.


« La logique de l’entre-partenariat criminel et la vision des parrains sont empreintes d’un ultra-libéralisme radical.  »


Il dépeint la ville de Naples comme un monde gangrené, pourri des racines aux branches et comme si cela ne suffisait pas, la camorra a marqué son emprise sur toute la vie économique du Sud et même du nord.

On est en droit de se poser la question de savoir où se positionne la France dans tout ça ? Saviano met en garde tous ceux qui se croient à l’abri, même si la France n’a pas les mêmes origines Sicilo-Napolitaines, l’organisation mafieuse est avant tout un contrôle capillaire du territoire (French connection : trafics d’héroïne à travers l’Europe par exemple …) . Cependant, aujourd’hui par manque d’intérêt pour la question on ne peut pas définir avec certitude ces phénomènes.

Étant moi-même italienne, je n’avais pas réalisé l’ampleur de ce mal qui ronge mon pays d’origine, au prix de sa vie, Saviano a fait explosé une vérité que tout le monde refuse de voir, à la suite de ce récit on n’en ressort bousculé, incrédule mais pourtant pleinement convaincu, encore aujourd’hui, il continue son travail d’investigation, plusieurs livres ont vu le jour dont une série à succès issu du livre lui-même, la preuve qu’il ne baisse pas les bras. Bravo à lui !

« Gomorra » de Roberto Saviano Editions Gallimard Traduction Vincent Raynaud

« Le consentement » de Vanessa Springora

Autobiographie

Dans le roman de Nabokov, Lolita n’intervient jamais, elle ne s’exprime pas, à aucun moment, il n’est question de ses sentiments. Mais Aujourd’hui Vanessa Springora a décidé de prendre sa plume pour enfermer son bourreau dans ce livre. Cela a assez duré, trois décennies ont passé et il est temps pour notre Lolita de se réapproprier son histoire.

Vanessa Springora confesse le mal-être d’une adolescente en manque de repères et le temps qu’a mis sa blessure non pas à cicatriser entièrement mais à être atténuée par les années et la maturité.

Tout d’abord, nous sommes en droit de nous poser la question de ce qu’est le consentement : domaine moral : acte libre de la pensée par lequel on s’engage entièrement à accepter ou à accomplir quelque chose. Domaine juridique : autorisation de mariage donnée par les parents ou le tuteur d’un mineur. Cependant le « oui » peut se dire pour toutes sortes de raisons, cela n’en est pas moins un abus.

Le consentement est le récit d’une emprise, celle d’un homme de 50 ans sur une jeune fille de 14 ans. Pendant longtemps G. Se servira de sa notoriété pour corrompre son esprit afin d’asseoir son autorité et sa toute puissance. On s’aperçoit très vite, combien il a été facile pour lui d’enrôler sa victime, adolescente en manque de repères, V. est rapidement amoureuse de cet intellectuel encensé par le tout Paris.


« Vers la fin des années soixante-dix, un grand nombre de journaux et d’intellectuels de gauche ont en effet pris publiquement la défense d’adultes accusés d’avoir eu des relations « coupables » avec des adolescents. Et dans le courant des années quatre-vingt, le milieu dans lequel je grandis est encore empreint de cette vision du monde. »


V. l’ingénue tombe alors dans les griffes de cet homme charismatique, éloquent, malin et misogyne, c’est en cela qu’elle trouvera une figure paternelle. Oui mais voilà, G. est un manipulateur doté d’un instinct de prédation rare ; Elle le décrit dans son livre comme un stratège exceptionnel, un calculateur de chaque instant. Toute l’intelligence de cet homme est tourné vers la satisfaction de ses désirs, ce sont les seules motivations qui guide véritablement ses actes. Jouir et écrire.


« Trop jeune et inexpérimentée. Face à lui, l’écrivain et l’intellectuel, je manque cruellement de vocabulaire. Je ne connais ni le terme de « pervers narcissique », ni celui de « prédateur sexuel ». Et G. manie le verbe comme on manie l’épée. D’une simple formule, il peut me donner l’estocade et m’achever. Impossible de livrer un combat à armes égales. »


On ne peut que s’indigner qu’à l’époque, une certaine complaisance pour G.M. et ses écrits régnaient dans le beau monde de l’intelligentsia littéraire et médiatique ! Je découvre avec stupeur que beaucoup de nos écrivains contemporains avaient signé et soutenue une pétition en faveur de la dépénalisation des relations sexuelles entre mineurs et adultes. (Deleuze, Simone de Beauvoir, Sartre, Aragon etc.). Oui car il était interdit d’interdire, mais voilà les questions que je me pose aujourd’hui : a-t-on le droit de tout écrire sans tomber dans la censure ? Peut-on vraiment différencier l’homme de l’écrivain ? Des questions à ce jour sans réponses.

Écrire a été sans doute le meilleur remède pour Vanessa Springora, en écrivant ce récit, elle redevient le sujet de sa propre existence, une histoire qui lui avait été confisqué depuis trop longtemps. Par son récit, celui d’une victime, elle met en lumière certaines problématiques, elle interroge sur le statut de l’artiste, sur son consentement et la complaisance de toute une société face à une pédocriminalité revendiquée dans le monde littéraire de l’époque. Vanessa Springora nous saisit par la puissance de son témoignage et met chacun de nous face à nos responsabilités.

Avec toute sa vérité, c’est un livre indispensable à lire et à faire lire.

Vanessa Springora Éditions Grasset

« Le joueur » de Dostoïevski

classique, Littérature étrangère

« L’âme russe, excessive, tourmentée, idéaliste, qui l’incarne mieux que Dostoïevski, cette œuvre fut un parie contre le temps, lui qui joua toute sa vie sur un tapis vert et rouge . »


Dostoïevski, joueur lui-même nous livre à travers son alter ego Alexei, un excellent récit sur l’addiction : il aborde avec clairvoyance et cruauté l’univers du jeu au XIX siècles. « Le joueur » est un court roman qui mêle le goût du risque et l’amour à en perdre la raison.

L’histoire se passe à Roulettenbourg ville imaginaire d’Allemagne. Dans cette ville thermale nous suivons un jeune précepteur russe Alexei travaillant pour le compte d’un général et de sa famille composée de deux enfants et de sa belle fille Paulina.

Autour de cette famille gravite : mademoiselle Blanche une femme vénale, qui n’a qu’une seule idée en tête : le mariage avec le général, le timide Astley, jeune et riche anglais amoureux de Paulina in fine ami d’Alexei et sans oublier le soi-disant aristocrate français « Des Grieux » qui s’avérera être un redoutable usurier.

Alexei est éperdument amoureux de Paulina. Une relation ambiguë oscillant entre amour et haine ; Mais celle-ci ne cesse de le manipuler et de le mépriser, de plus elle semble par ailleurs éprise du jeune marquis français n’ayant pas de bonne intention à l’égard de la jeune femme.

Le récit devient réellement intéressant avec l’arrivée de la grand-mère de Paulina, bien loin de la mort qu’on lui pressentait, elle ira jouer tout son argent et perdra tous ses gains par la suite. Un revers de situation bien ironique qui mettra en doute toutes les perspectives de cette famille.

Dans cette tension diabolique, Alexei sera lui aussi entraîné par l’emprise des jeux d’argent, d’abord pour les autres et après pour lui-même, il cultivera cette fascination du hasard qui finira par faire vaciller son avenir.

« Le joueur » c’est finalement la confession d’un homme tiraillé entre deux folies : l’argent et l’amour, un roman autobiographique qui nous entraîne dans la frénésie du jeu.

Encore une fois, Dostoïevski nous surprend par la force de son écriture, il hypnotise.

En dépit de la radicalité de ses idées, Dostoïevski est tout sauf un auteur dogmatique. À l’image de Raskolnikov dans « Crime et Châtiment », sa vie a été marquée par des étapes spirituelles contradictoires et déchirantes.

Un livre à lire absolument pour tous ceux qui veulent débuter avec Dostoïevski.

Dostoïevski « le joueur » Éditions : Le Livre de Poche Traduction: C.Andronikof et A de Couriss

Osho « Un art de vivre et de mourir »

Développement spirituel, Sciences humaines

Nous sommes tous à la recherche du bonheur n’est-ce pas ? Mais comment pourrions-nous apprécier réellement la vie sans approfondir la question de la mort ? Comment être heureux tant que la trépidation de peur nous anime, aussi subtile soit-elle ?

Finalement, la mort et la vie sont deux pôles d’une même énergie, le flux et le reflux, le jour et la nuit et l’été et l’hiver. Elles ne sont ni séparés ni opposés, ni contraires. La mort n’est pas la fin, c’est en faite l’accomplissement d’une vie comme un processus de renouvellement.

Le problème est que nous vivons dans une société basée sur la consommation de masse et le plaisir illimité, dans un monde qui nie la seule évidence qui nous concerne tous : nous allons tous mourir un jour. Et oui ! Seulement la croissance de l’égo est comme le cancer ; Elle nous tue et ce que dit Osho est simple :


« La méditation ce n’est pas la croissance de L’ego c’est sa mort !  »


Cela est la méditation, c’est-à-dire être dans l’espace où le langage n’interfère pas et où les concepts appris ne s’interposent pas entre vous et le réel.

Ce qu’il faut donc comprendre : C’est que notre ego a peur de la mort, il lui résiste. Mais ne vous êtes-vous jamais demandé que la peur de la mort vient de ce que nous accumulons pendant la vie ? (Les biens matériels, le pouvoir de l’argent, la connaissance et le prestige). Quand nous n’avons rien à perdre nous n’avons plus peur de la mort, c’est d’accepter celle-ci à chaque instant, c’est accepter de mourir à chaque expiration.

Sachez que toutes ces choses ne vous permet pas d’être ici et maintenant car elles vous conduisent toujours ailleurs, elles sont une projection de vos rêves et de vos désirs ; ce dont on a besoin se trouve ailleurs.

Le trésor se trouve en nous (dans le soi) et tout le problème est dans les biens et le savoir que nous voulons absolument posséder ; Finalement Osho nous ouvre les yeux sur le fait que nous vivons davantage à l’extérieur de nous-mêmes plutôt qu’à l’intérieur.


« Il n’y a qu’une chose qui puisse être possédée – son propre soi, sa propre conscience.  »


Dans ce livre, Osho fait aussi une référence à la religion et il n’est pas tendre avec celle-ci : Il est à la fois contre toutes religions et philosophies dogmatiques car les idées dogmatiques ne vous êtes pas à devenir libre,


« cela n’a aucun sens si on ne se connaît pas soi-même » dit-il.

« Un livre mort, des écritures – la sainte bible, le Coran, la Sainte Gîta -, que peuvent-ils faire ? Ils sont peut-être saints, mais complètement morts ; vous pouvez en faire ce que vous voulez. Et l’homme est très rusé, très malin.  »


Cependant, il n’hésite pas à prendre des références religieuses qu’il interprète à sa façon et ou tout le monde peut s’y retrouver.

Finalement, il nous dit qu’il ne faut pas chercher à comprendre avec son mental mais plutôt avec son cœur, son ressenti et son intuition.

Sa vision est de vivre davantage comme un poète qui donne un vrai sens à la vie, qui n’attend rien du monde et ne vit que pour être.

« Un art de vivre et de mourir » OSHO Édition: Le relié poche Traduction: Danielle Uttama Kreis

« Pas ici, pas maintenant » Erri De Luca .

contemporain, Littérature étrangère

« Tu me regardes avec cette irritation sévère où demeure ton éternel reproche envers nous autres enfants : pas ici, pas maintenant . »


Qui n’a jamais ouvert son album photo pour se replonger dans les souvenirs du passé? D’une photographie, l’esprit humain a l’opportunité de creuser au plus profond de sa mémoire, de ses souvenirs et de sa vie, c’est ce qu’a entrepris Erri De Luca ou l’enfant qui n’a jamais admis le passé comme une sorte de confrontation de l’homme d’aujourd’hui à l’enfant qu’il était.

« Pas ici pas maintenant » est un court roman, le tout premier qu’il qualifie de lettre ouverte à sa mère, il nous offre un entretien intime avec sa mémoire et ses émotions les plus cachés, il revit les jeux, les devoirs et les discussions en famille dans sa maison de la vieille Naples. C’est comme s’il nous fait participer à un monde à lui contenu dans l’écrin du temps et qui laisse sortir son joyau détaché de son enveloppe grâce à une vieille photo .

Toutefois De Luca ne s’attarde pas seulement à décrire une succession de faits, il attire plutôt notre attention sur des petites anecdotes qui sont riche en charge émotionnelle.

Il retrace son enfance d’une époque révolue mais jamais oublié. Il nous évoque avec pudeur les souvenirs d’une famille dans « l’ancienne maison », le lien qu’il a avec sa mère et l’impossibilité pour elle de le comprendre.


«  Les mots sortaient difficilement de la bouche, les mots absents pèsent encore au présent «par les mots » : contre eux on ne pouvait pleurer, on ne pouvait répondre et moi, quand tu intervenais, je ne parvenais pas à en prononcer un seul, entre l’apnée et le bégaiement, on apprend bien tard à se défendre des mots. »


Et loin d’en finir avec les sinistres souvenirs comme le décès brutal de son jeune meilleur ami, ses années de mariage interrompues par la maladie ou encore les enfants qu’il n’a jamais eu.

Autant de mélancolie dans ce texte qu’on en vient à être à la fois gênés et émus par les épisodes marquants que vit le narrateur.

Que dire, ce livre est une fabuleuse capacité de lier le passé au présent, c’est une prose qui se lit en poésie mais encore faut-il être un inconditionnel de De Luca pour en saisir toute la portée.

« Pas ici, pas maintenant » d’Erri De Luca . Collection Folio, éditions Gallimard . Traduit de l’italien par Danièle Valin