« Chez soi » de Mona Chollet.

Sciences humaines, sociologie

« J’appartiens donc à cette espèce discrète, un rien honteuse : les casaniers, habitués à susciter autour d’eux la perplexité, voire la pitié ou l’agressivité, et qui avec le temps, apprennent à s’accommoder stoïquement des sarcasmes de leurs proches. »


Pour certaines personnes, il peut être difficile d’être casanier.e. En plus de ne pas vous sentir à l’aise lorsque vous sortez, vous devez aussi résister à la pression de vos amis qui vous invitent à sortir en permanence. Ainsi, les personnes casanières se sentent souvent honteuses ou ont l’impression qu’elles ont un problème.

Dans cet essai, Mona Chollet a décidé de revaloriser l’espace domestique, c’est en quelques sorte « une ode à l’entre-soi ou au quant-à soi ». Une lecture qui décomplexe sur le fait d’être casanier.e et de s’en satisfaire.

Aimer rester chez soi c’est s’affranchir du regard des autres, cependant cette façon de s’esquiver du contrôle social suscite chez beaucoup de gens même «ouvert d’esprit » une inquiétude obscure qui s’accompagne de réflexions malvenues.

Elle prend l’exemple du lecteur a qui l’on rétorque « arrête de lire! Sors et vis! » Un certains mépris qui nous a valu d’être catégorisé comme « des rats de bibliothèque ». Un fond irréductible d’intolérance et d’anti-intellectualisme .

Notre intérieur est notre refuge. Il contient tous nos biens et nos souvenirs. C’est un espace personnalisé dans lequel on se repose, on se nourrit et on s’aime. Qu’il soit petit ou grand, notre intérieur est à notre image. Pour toutes ces raisons, notre logement est notre point de repère dans notre quotidien et dans nos vies, et certaines personnes ont besoin de cette stabilité au quotidien.

Et dans la vision où nous sommes enfermés, Notre maison doit nous protéger, nous dissimuler, nous assurer du bien-être et nous offrir un minimum de surface sociale qui permet une forme d’expression, cependant ce n’est pas le cas pour grand nombre de Français qui compte 200 000 de sans-abri (2019).

En France, on considère le temps comme une chose inerte, et préjudiciable, il faut qu’il soit rempli, occupé ou utilisé. Et c’est totalement l’incompréhension à laquelle se heurte les casanier.e.s. Nous vivons donc dans une société qui favorise la mentalité utilitariste dont le temps doit être rentabilisé, cela donne naissance à une sorte d’obsession de l’utilité systématique. L’obsession de la rentabilité, le repli sur soi, l’amertume, dominent majoritairement les relations sociales.

En fait, ce qui pourrait permettre de mieux vivre et donc de se libérer de ces injonctions extérieures ce heurte aux intérêts de ce qui tirent profit du système actuel.

Elle aborde aussi le fait que Les femmes subissent une stigmatisation particulière. Selon laquelle une femme seule est « incomplète et inachevée », de plus dans notre société patriarcale, les taches ménagères sont souvent associées aux femmes au foyer, une sorte de « culture du ménage » qui est transmise de mère en fille… Connaissant les écrits de Mona Chollet, il était évident qu’elle étudie l’espace domestique sous son angle féministe.

Dans ce livre on retrouve une exploration de toutes les dimensions de notre relation à notre habitat, selon le plan que voici :

La mauvaise réputation : « Sors donc un peu de cette chambre ! »

Une foule dans mon salon : de l’inanité des portes à l’ère d’internet

La grande expulsion : pour habiter, il faut de l’espace

A la recherche des heures célestes : pour habiter, il faut du temps

Métamorphoses de la boniche : la patate chaude du ménage

L’hypnose du bonheur familial : habiter, mais avec qui ?

Des palais plein la tête : imaginer la maison idéale

Encore un essai extrêmement bien documenté et sourcé qui étudie avec justesse des sujets engagés et universels. Mona Chollet, une valeur sure.


« Chez soi » de Mona Chollet – éditions Zones.

Publicité

« La vie devant soi » de Romain Gary – Émile Ajar

classique, Littérature française

En 1975, Romain Gary était un auteur glamour bien connu, mais vieillissant. Gary avait envie d’un nouveau départ et a décidé de publier un roman sous le nom d’emprunt d’Émile Ajar. « La vie devant soi » a remporté le Prix Goncourt et pour la deuxième fois, il fut récompensé par ce prix, ce qui en vertu des règles de ce concours est officiellement impossible. Pour mettre un visage sur le pseudonyme, il a fait appel à un proche qui n’est autre que son cousin, Paul Pavlowitch, Ce n’est que des années plus tard, lorsque la note de suicide de Gary a été trouvée, que la vérité sur l’un des plus grands canulars littéraires a émergé.

« La vie devant soi » de Romain Gary ou plutôt d’Émile Ajar est une histoire déchirante racontée par Momo, un immigré arabe âgé de dix ans vivant en France. Momo, qui vit chez Madame Rosa(ex prostituée reconvertie en nounou), a vu des choses qu’aucun enfant de dix ans ne devrait voir, un enfant bien trop mature pour son âge. Un roman Sombrement comique et merveilleusement émouvant.

C’est dans un appartement au dernier étage dans un quartier ombragé de Paris, que Madame Rossa s’occupe d’enfants démunis, tous enfants de prostituées. Les règles du chaos. «Quand nous étions nerveux ou que nous avions des pensionnaires sérieusement dérangés», explique Momo, Madame Rosa prenait simplement des tranquillisants. «Elle était morte pour le monde en ces jours tranquilles, et je serais chargé de les empêcher de mettre le feu aux rideaux.»

Le monde vu à travers les yeux de Momo est un endroit déroutant, mais il n’est pas naïf loin de là et, d’une manière charmante et enfantine, il a sa propre vision de voir le monde qui l’entoure.

Ce que Momo, âgé de 10 ans, n’a pas dans l’éducation formelle, il le compense largement par sa sagesse.

Momo passe ses journées à errer dans les rues à rêver, à voler si nécessaire, mais surtout à essayer de survivre. Les trafiquants de drogue et les proxénètes l’entourent comme des requins. Lentement, Madame Rosa commence à perdre ses cheveux et son esprit, et son fidèle Momo va mettre tout en œuvre pour lui donner un peu de joie et de bonheur.

La vie devant soi est parsemée de personnages colorés tels que Monsieur N’Da Amédée, le plus grand proxénète noir de tout Paris  », le sage et attentionné vendeur de tapis Monsieur Hamil qui a appris à Momo tout ce qu’il sait  » et Madame Lola la voisine travestie qui travaille au bois de Boulogne.

En plus d’être un portrait sombre et drôle d’un enfant immigré orphelin , « La vie devant soi » est une critique cinglante du traitement que la France a réservé aux immigrés, aux pauvres et aux personnes âgées. C’est un livre qui traite des questions de l’intégration, la précarité des minorités et de l’acharnement thérapeutique, un récit à la fois déchirant et réconfortant; , une lecture insolite, drôle et émouvante, où l’on passe du fou rire aux larmes.

Je comprends aujourd’hui pourquoi la vie devant soi est un classique très apprécié par la communauté bookstagram. Il fait partie des meilleurs que j’ai pu lire ces derniers mois.


« La vie devant soi » de Romain Gary – Emile Ajar – éditions Folio